Théorie et Symboles des Alchimistes, Albert Poisson

Qu’est-ce que l’Alchimie ? Pour nous ce n’est guère qu’une science naturelle, mère de la Chimie. Mais les Alchimistes eux-mêmes, comment définissaient-ils leur science ?

« L’Alchimie, dit Paracelse, est une science qui apprend à échanger les métaux d’une espèce en une autre espèce. » (Le ciel des philosophes).

C’est la définition qu’en donnent la plupart des alchimistes, ainsi Dénys Zachaire, dans son Opuscule de la philosophie naturelle des métaux, dit :

« C’est une partie de philosophie naturelle, laquelle démontre la façon de parfaire les métaux sur terre, imitant la Nature en ses opérations, au plus près que lui est possible ».

Roger Bacon, esprit exact, donne une définition plus précise :

« L’Alchimie est la science qui enseigne à, préparer une certaine médecine ou élixir, lequel étant projeté sur les métaux imparfaits leur communique la perfection, dans le moment même de la projection ». (Miroir d’Alchimie.)

De même:

« l’Argyropée et la Chrysopée est l’art qui enseigne à donner à la matière première de l’or et de l’argent, la forme de ces métaux » (G. Claves : Apologia Chrysopaioe et Argyropoetioe).

Au XVIII° siècle où la chimie brillait dans tout son éclat, il fallut différencier les deux sciences, et voici comment en parle dom Pernety :

« La chymie vulgaire est l’art de détruire les composés que la nature a formés, et la chymie hermétique est l’art de travailler avec la nature pour les perfectionner » (Fables grecques et égyptiennes).

Mais tous ces alchimistes n’ont envisagé que la haute Alchimie ; il y avait en effet deux espèces d’alchimistes : les souffleurs, gens dépourvus de théorie, travaillant à l’aventure, ils cherchaient il est vrai la pierre philosophale, mais empiriquement, entre temps, ils faisaient de la chimie industrielle, fabriquant des savons,  de fausses pierres précieuses, des acides, des alliages, des couleurs; ce sont eux qui donnèrent naissance aux chimistes ; ce sont eux qui vendaient pour de l’argent le secret de faire de l’or, charlatans et filous, ils faisaient de la fausse monnaie, plus d’un souffleur fut pendu au gibet doré, supplice réservée cette sorte d’imposteurs; les philosophes hermétiques; au contraire, dédaignant ces travaux qu’ils flagellaient du nom de sophistications, s’adonnaient à la recherche de la pierre philosophale non par avarice mais pour l’amour de la science. Ils avaient des théories spéciales qui ne leur permettaient pas de s’écarter de certaines limites dans leurs recherches. Ainsi, dans la préparation de la pierre philosophale, ils ne travaillaient que sur les métaux et généralement sur les métaux précieux, tandis que les souffleurs faisaient défiler dans leurs cornues les produits hétéroclites du règne végétal, animal et minéral. Aussi les Philosophes persévèrent-ils dans la voie qu’ils se sont tracée, leurs doctrines traversent intactes des siècles, tandis que les souffleurs abandonnent peu à peu des recherches coûteuses et très longues pour s’occuper de choses prosaïques mais d’un bon rapport, peu à peu la Chimie se constitue en science et se sépare de l’Alchimie. On ne peut mieux résumer la question qu’en citant un passage de la Physica Subterranea de Beccher.

« Les faux alchimistes ne cherchent qu’à faire de l’or, les vrais philosophes ne désirent que la science, les premiers ne font que teintures, sophistications, inepties, les autres s’enquièrent des principes des choses ».

POISSON A., Théories & Symboles des alchimistes Le grand œuvre, Paris, éditions traditionnelles, (première ed.1891), 1991, 184 p.

A.Poisson. Théories et symboles des Alchimistes (Le livre en .doc, c’est un scan du livre, il y a des fautes et il manque les gravures et dessins, mais le contenu y est).